Le pasteur SM pose un dilemme éthique à l'Eglise
Reconnu coupable d'actes sexuels avec un enfant par négligence, l'ex-aumônier de jeunesse ne fera pas appel. Le Conseil synodal s'interroge sur les suites.

Après la condamnation d'un pasteur dans une affaire de mœurs, l'Église évangélique réformée du Canton de Vaud (EERV) est plongée dans une réflexion pour le moins délicate. Au printemps 2016, celui qui était alors employé par l'EERV a eu des relations sexuelles sadomasochistes avec un jeune abordé sur un site de rencontres. Âgé de 15 ans à l'époque, celui-ci avait prétendu en avoir 20. C'est sa mère qui avait porté plainte.
Dans un jugement rendu le 23 octobre dernier, le Tribunal de Boudry (NE) a écarté l'idée d'un abus commis délibérément, mais il n'en a pas moins retenu la qualification d'actes sexuels avec un enfant par négligence. Si le jeune a reconnu avoir menti sur son âge, le juge a en effet conclu qu'à près de 50 ans, celui qui était autrefois aumônier de jeunesse n'a pas tout fait pour écarter le risque d'avoir affaire à un mineur.
Dans un communiqué, le Conseil synodal de l'EERV a rapidement pris acte du verdict, non sans relever que le pasteur avait agi dans la sphère privée, qu'il avait depuis donné sa démission et qu'une enquête interne n'avait révélé aucun dérapage dans le cadre de ses fonctions.
Le chapitre ne semble pas clos pour autant. Interrogée quelques jours après le verdict, la présidente du Conseil synodal, Marie-Claude Ischer, admet que la situation pose des questions: «Sur le plan éthique notamment, car, même si ce pasteur a agi dans la sphère privée, le statut de pasteur est aussi public. Cela touche nos collaborateurs dans leurs valeurs fondamentales.»
Sur plusieurs pasteurs contactés, une majorité a refusé de s'exprimer sur cette affaire. «Je me sens à la fois désolé pour la victime et pour ce collègue», glisse un ministre sous couvert de l'anonymat. Comme d'autres, il retient toutefois que les événements ont eu lieu en dehors du cadre pastoral. «À mon avis, l'Église n'est pas concernée directement.»
Malgré le verdict, l'EERV confirme qu'elle a encore des liens avec son ancien employé par le biais d'un mandat administratif dont le terme est fixé au printemps 2020. Le Conseil synodal va-t-il mettre fin à cette collaboration? Le pasteur sera-t-il encore habilité à exercer à l'avenir? Ces deux questions restent en suspens. «Le Conseil synodal prend ses décisions à sept. Nous sommes dans une réflexion qui nécessite du temps pour savoir quelle suite donner à cette situation», explique Marie-Claude Ischer.
De son côté, le pasteur condamné a annoncé cette semaine qu'il ne ferait pas recours contre la décision de justice. «Mon client est satisfait de ce verdict, déclare son avocate, Me Noémie Reber Dubois. La négligence a été reconnue et il a été acquitté de tous les chefs d'accusation importants.» Également soupçonné d'avoir téléchargé des images pédopornographiques, l'homme d'Église a été blanchi sur ce point.
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