Mobilité scolaireLes parents-taxis sont un casse-tête pour les communes
Conduire son enfant à l’école en voiture constitue un danger accru pour les autres. Un message difficile à faire passer, surtout en Suisse romande.

«Faire le trajet en voiture pour emmener votre enfant à l’école devrait rester exceptionnel. L’augmentation du trafic autour de l’école est une source de danger. Par ailleurs, en voiture, les enfants n’ont pas la possibilité d’apprendre et de s’exercer aux règles de la circulation».
Ce message fait partie de la campagne de prévention pour la rentrée scolaire 2022 «Arrêtez-vous pour les écolier-es», mise en place par l’ATE et la Mobilité piétonne suisse, en collaboration avec le BPA.
Le TCS pointe également du doigt cette problématique dans son dernier magazine. Selon son étude réalisée en 2019, le phénomène est plus répandu en Suisse romande, avec 30% des parents qui conduisent leurs enfants à l’école en voiture, alors que ce chiffre se situe autour de 7% en Suisse alémanique. Pour les communes, les parents taxis sont un casse-tête. Exemple à Nyon.
Le plus près possible
Municipale chargée des Infrastructures et de la sécurité à Nyon, Roxane Faraut constate qu’il y a des parents qui cherchent tous les moyens de se rapprocher le plus près possible de l’école pour y déposer leur progéniture.
«À l’école du Rocher, il y a plusieurs places identifiables au parking du Martinet, à 50 mètres, mais non, il y a toujours des parents qui s’arrêtent juste devant l’entrée. Et là où nous avons prévu des déposes-minute, beaucoup ne les utilisent pas. Il y a des problèmes aux abords de toutes les écoles. On peut comprendre que la vie des gens est très minutée, mais cela ne doit pas les empêcher de se conformer aux règles.»
«On peut comprendre que la vie des gens est très minutée, mais cela ne doit pas les empêcher de se conformer aux règles.»
Toujours selon l’étude du TCS, ce serait avant tout la peur de l’accident qui pousse les parents à conduire leur enfant à l’école en voiture. Ou souvent, parce que c’est plus commode, parce qu’il est plus simple et plus rapide de s’arrêter sur le parcours qui mène au travail.
Certes, précise l’enquête, il existe quelques circonstances qui justifient cette pratique: un trajet scolaire trop long ou trop éprouvant; ou l’absence de bus scolaire; ou encore une cheville foulée. Pour la minorité qui n’a pas le choix, le TCS recommande de déposer l’enfant sur un lieu sécurisé, même à plusieurs centaines de mètres de l’école.
La Commune de Nyon prend très au sérieux ce problème. Cette semaine, Police Nyon Région renforce sa présence pour assurer la sécurité des élèves et pour les sensibiliser aux dangers de la circulation (il n’y a pas de sanction, sauf pour les excès de vitesse). Elle a aussi pour mission d’inviter les parents à apprendre à leurs enfants à parcourir le chemin qui relie le domicile à l’école afin qu’ils puissent ensuite effectuer seuls ce trajet à pied. Beaucoup le font.
Une carte des chemins les plus sûrs
La Ville a par ailleurs créé une carte, visible sur son site, avec les itinéraires piétons conseillés pour se rendre dans les différentes écoles et structures parascolaires. Elle collabore également avec Pro Vélo La Côte pour l’aménagement de voies cyclables. En revanche, le système Pédibus ne fonctionne pas aussi bien qu’en Suisse alémanique.
«Contrairement aux idées reçues de certains parents très anxieux et très contrôlants, les cheminements indiqués sur la carte sont sûrs, affirme Roxane Faraut. Mais il faut prendre le temps d’accompagner les jeunes enfants au début, pour leur apprendre à se comporter correctement. Le chemin de l’école est un espace de liberté, d’expérimentation de l’autonomie, de partage avec les copains. Nous avons tous de super souvenirs d’enfance sur le chemin de l’école. En plus, c’est sain et plus écologique.»
«Le chemin de l’école est un espace de liberté, d’expérimentation de l’autonomie, de partage avec les copains.»
La Ville de Nyon a décidé de mandater l’ATE pour réaliser un Plan de mobilité scolaire. Il s’agit d’une démarche participative de plusieurs mois qui permet de concevoir de manière globale les déplacements générés par les établissements scolaires et de proposer des solutions qui tiennent compte de l’ensemble des problèmes identifiés.
Le projet se décline en cinq étapes. Une enquête de mobilité auprès des parents, des enfants et des enseignants permet de récolter les informations clés concernant les cheminements scolaires. Des questions relatives aux modes de déplacement, aux temps de trajet, aux dangers du chemin de l’école et aux itinéraires fréquentés sont soumises aux parents.
Le bilan dresse un état des lieux. Des cartes mettent en évidence les itinéraires empruntés par les enfants et les points dangereux relevés par les parents. L’ATE propose ensuite une série de recommandations (mesures d’aménagement, de signalisation, d’accompagnement et de sensibilisation). Enfin, il y a la communication et le suivi des mesures appliquées.
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