• La Suisse connaît sa première canicule de mai avec des températures dépassant 30 degrés, un phénomène inédit si tôt dans l'année.
  • Le réchauffement climatique étend la période des canicules au printemps et multiplie leur fréquence par trois ou quatre en Suisse, indique Sonia Seneviratne, climatologue, dans La Matinale.
  • La Suisse subit un réchauffement de trois degrés en moyenne, soit le double du réchauffement global de la planète, selon la climatologue interrogée.
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    Une vague de chaleur inédite en mai qui révèle une extension de la période des canicules

    Un homme se rafraîchit le visage dans une fontaine près de la Place des Nations, pendant une alerte canicule, à Genève, en Suisse, le mercredi 2 juillet 2025. [© KEYSTONE / SALVATORE DI NOLFI - SALVATORE DI NOLFI]
    Un homme se rafraîchit le visage dans une fontaine près de la Place des Nations, pendant une alerte canicule, à Genève, en Suisse, le mercredi 2 juillet 2025. - [© KEYSTONE / SALVATORE DI NOLFI - SALVATORE DI NOLFI]
    Les températures ont dépassé lundi les trente degrés dans plusieurs pays européens et elles devraient encore grimper. C'est la première fois que la Suisse fait face à un épisode de canicule si tôt dans la saison. La climatologue Sonia Seneviratne alerte sur une extension de la période des canicules et un risque d'emballement climatique.

    En France, le record de température a été enregistré lundi pour un mois de mai depuis le début des mesures. L'indicateur thermique national, qui mesure la température moyenne de l'air dans 30 stations météorologiques, a atteint 24,6 degrés, a précisé Météo-France. Et les températures ont largement dépassé les 30 degrés dans une bonne partie du pays. En Grande-Bretagne, le mercure est monté à 34,8 degrés près de Londres, un record pour le pays.

    Il a également fait chaud pour la saison en Suisse, mais sans battre des records. MétéoSuisse a également émis un avis de canicule de degré 2 sur 4 pour le Tessin, mardi et mercredi. L'alerte pourrait passer en degré 3 en fin de semaine, puis retomber avec l'arrivée d'une perturbation dimanche.

    >> Lire aussi : Le stade de vague de chaleur pas encore atteint malgré un week-end à plus de 30°C

    "Il y a encore pas mal d'incertitudes", note Mikhaël Schwander, prévisionniste à MétéoSuisse, dans La Matinale. "La tendance pour la semaine prochaine serait à une baisse de température temporaire avec (...) une dégradation orageuse généralisée. Mais pour l'instant, on n'a pas vraiment un signal pour des pluies conséquentes étendues sur tout le territoire. Un scénario encore possible à ce stade est ensuite un retour d'air chaud depuis le sud."

    Une extension de la période des canicules

    Sonia Seneviratne, professeure à l’EPFZ et vice-présidente du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, n'est pas surprise du phénomène. "Il fallait s'y attendre", estime-t-elle mardi dans La Matinale de la RTS en expliquant que comme les températures augmentent, les canicules sont de plus en plus fréquentes. "Un événement qui avait à peu près lieu une fois tous les dix ans sans l'influence humaine a désormais lieu trois ou quatre fois tous les dix ans. Et en plus, comme tous les mois se réchauffent, on a maintenant une extension de la période des canicules" qui surviennent au printemps pendant le mois de mai et à la fin de l'été, remarque-t-elle.

    On ne sait pas comment ça va se terminer. Il y a des possibilités de point de bascule à l'échelle planétaire et régionale. On pourrait avoir un emballement du changement climatique

    Sonia Seneviratne, climatologue

    La climatologue souligne que le réchauffement est plus fort régionalement: la Suisse est "fortement touchée" avec "en moyenne environ 3 degrés" de plus, contre environ 1,5 degré de réchauffement global de la planète. "L'ensemble de l'Europe se réchauffe de manière beaucoup plus forte que la plupart des autres continents", observe-t-elle aussi. "Les anomalies de température par rapport à celles qu'on a d'habitude sont très fortes."

    >> L'interview de Sonia Seneviratne dans La Matinale :

    Vague de chaleur inédite en Suisse, une conséquence manifeste du réchauffement climatique: interview de Sonia Seneviratne
    Vague de chaleur inédite en Suisse, une conséquence manifeste du réchauffement climatique: interview de Sonia Seneviratne / La Matinale / 6 min. / le 26 mai 2026

    Un lot d'inconnues

    Outre la baisse de la quantité de neige en hiver, les températures plus extrêmes en été, avec "des canicules très fortes", une modification du cycle de l'eau avec des étés plus secs, l'augmentation de la fréquence des sécheresses et des précipitations extrêmes, qui induisent par exemple des inondations, le réchauffement climatique entraîne des conséquences qui réservent encore leur lot "de surprises", relève Sonia Seneviratne.

    Et d'insister: "On ne sait pas comment ça va se terminer. Il y a des possibilités de point de bascule à l'échelle planétaire et régionale. On pourrait avoir un emballement du changement climatique".

    Elle explique aussi que le phénomène entraîne un changement au niveau des probabilités alors que normalement, "chaque événement qui a lieu est toujours une combinaison du climat moyen", indique-t-elle. "C'est un peu comme si on avait des dés", illustre Sonia Seneviratne. Normalement, la somme de deux dés ne permet pas d'avoir un résultat supérieur à 12 puisque les chiffres indiqués sur les faces vont de 1 à 6. Mais deux dés pipés qui font chacun apparaître le chiffre 7 peuvent permettre d'obtenir un 14, ce qui était impossible auparavant.

    Sujets radio: Valérie Hauert, Foued Boukari et Miguel Hernandez

    Article web: juma avec les agences

    Publié Modifié

    Des conséquences sur les écosystèmes

    Les scientifiques scrutent de près cet épisode de chaleur. En effet, les agroclimatologues estiment que ce coup de chaud brutal met les écosystèmes sous stress.

    Serge Zaka, ingénieur agronome et spécialiste en agroclimatologie, explique qu'à cette période de l'année, les racines des végétaux ne sont pas encore assez grandes pour puiser l'eau présente en profondeur dans le sol. Cette hausse des températures et la période à laquelle elle intervient représentent plusieurs risques pour les écosystèmes, poursuit-il. "Pour les céréales par exemple, c'est la période de remplissage du grain ou d'émission de l'épi. Donc ces températures qui n'ont pas lieu d'être provoquent un échaudage, donc un stress."

    Le brassage des lacs écourté

    Les lacs, qui retirent l'excès d'azote qui se trouve dans l'eau, sont eux aussi affectés par la dérive climatique, selon une étude d'une équipe internationale de scientifiques dirigée par l'Université de Bâle et l'Eawag.

    Au cours du processus de dénitrification, des bactéries transforment des nitrates et de l'ammoniac dissous dans l'eau en azote gazeux (N2). Puis, ces molécules gazeuses se diffusent dans l'atmosphère.

    Mais ce cycle de l'azote est perturbé par les effets du changement climatique, a indiqué mardi l'Université de Bâle dans un communiqué. Le filtrage exercé par les lacs devient moins efficace. Les scientifiques sont arrivés à cette conclusion après avoir pris des mesures au lac de Baldegg (LU).

    L'étude publiée dans la revue Nature Microbiology montre que l'intensité de la dénitrification dans les lacs est fonction des saisons. En hiver, le processus est plus dynamique qu'en été. Durant la saison froide, un brassage complet des eaux du lac de Baldegg s'opère. La couche supérieure oxygénée chaude s'enfonce et la couche inférieure peu oxygénée remonte à la surface.

    Avec le réchauffement climatique, la période de brassage du lac est écourtée de 27 jours. Cet azote qui n'est pas évacué s'écoule jusqu'à la mer.

    >> La sécheresse record de ce printemps expliquée par François Mettra, enseignant chercheur en hydrologie à la HES-SO Valais, dans Forum :

    La Suisse connaît l'un des printemps les plus secs depuis 1901: interview de François Mettra
    La Suisse connaît l'un des printemps les plus secs depuis 1901: interview de François Mettra / Forum / 7 min. / le 26 mai 2026

    Prolifération d'algues

    Les conséquences peuvent alors être gravissimes, souligne l'Université de Bâle. De trop grandes concentrations d'azote peuvent entraîner la prolifération d'algues et créer des zones mortes manquant d'oxygène. Cet azote excédentaire perturbe aussi les écosystèmes.

    Ces algues peuvent provoquer des irritations cutanées ou des troubles digestifs chez l'homme, et s'avérer mortelles pour les chiens. Il vaut donc mieux vérifier la qualité de l'eau avant de se baigner. Il est recommandé de se doucher après le bain, notamment dans les eaux stagnantes peu profondes. Plusieurs cantons ont déjà appelé à la vigilance.

    Sept décès en France

    Conséquence "directe ou indirecte" des fortes chaleurs, la France a déploré mardi "sept décès", dont "au moins cinq noyades", selon la porte-parole du gouvernement.

    Les habitudes dans les zones touristiques et balnéaires sont mises à mal par le phénomène, avec notamment des plages bondées mais sans surveillance.

    >> Les précisions dans le 12h30 :

    La Lorze dans la plaine de la Lorze, entre Cham et la ville de Zoug. (image d'illustration) [KEYSTONE - GAETAN BALLY]KEYSTONE - GAETAN BALLY
    Confrontée à la canicule, la France enregistre cinq noyades mortelles / Le 12h30 / 1 min. / le 26 mai 2026